Après La Fabrique

 

Retour sur une belle journée ! "La Fabrique, un savoir nouveau avec les adolescents" a réuni 127 participants, jeudi 7 décembre 2017 à la Maison de la Poésie, pour une journée vive et poétique. Nous avons partagé un très beau moment de travail avec la salle et nos invités ! Merci à chacun et chacune.

Les actes de la journée seront bientôt publiés! Vous pouvez les demander par mail, en indiquant vos nom et prénom à paradoxes@lalune.org !

Retrouvez l'argument et les textes préparatoires ici.

 

Les temps modernes de Charlie Chaplin, présentation d'Isabelle Rèbre

 

 

 

Dans les Temps modernes de Charlie Chaplin, le personnage de Charlot est pris dans l’engrenage de la machine à l’usine, dans la folie du travail à la chaîne dont il ne sortira qu’en ambulance, entre les mains de deux infirmiers qui le conduiront à l’hôpital pour « nervous break down ». Ce personnage de Charlot et « la gamine » qui vole du pain pour nourrir sa famille et qui devient sa complice sont les deux seuls esprits éveillés dans un monde d’automates.

Le film sort en 1936, à un moment où bon nombre de cinéastes s’inquiètent des dérives de la société américaine, où le rêve américain est devenu un rêve de richesse et d’ascension sociale alors que toute une partie de la population vit dans une extrême pauvreté. Charlot incarne alors une figure de vagabond rêveur, une figure de résistance. « L’homme Charlot triomphe de tout, » écrit Roland Barthes dans ses Mythologies, « parce qu’il échappe de tout, rejette toute commandite et n’investit jamais que dans l’homme seul ».

Dans ce film il est aussi question de la fabrique du cinéma : dans cet extrait, lorsque le corps de Charlot est pris dans l’engrenage de la machine, on ne peut s’empêcher de penser à la pellicule pris dans les roues crantées du projecteur. Et ce qui arrive à ce moment-là dans le cinéma, c’est le parlant. Mais Chaplin résiste…Il résiste à quitter le muet, parce qu’il ne veut pas suivre cette voie-là, car le parlant privilégierait pour lui l’énoncé sur l’énonciation et s’ouvrirait ainsi au discours des classes dominantes. C’est bien d’avoir cela en tête pour saisir toute l’ampleur de cette scène de cabaret vers la fin du film : Charlot a été embauché dans un bar où il doit faire un numéro de chant. Et comme il n’arrivait pas à retenir les paroles de la chanson, la gamine lui a écrit les paroles sur ses manchettes…