Rebond

 

 

Samedi 25 Mai 2019 a eu lieu le colloque du Centre Kirikou autour du thème « Etre parent aujourd’hui ».

Bernadette Colombel et Marina Bellefaye reviennent sur ce temps d’échange et de conversation.

 

Dans un accueil chaleureux s’est déroulée cette après-midi telle une reprise et poursuite de conversation du colloque de l’année dernière. Étaient présents parents, enfants et adolescents.

Yasmina Picquart, psychanalyste, présidente de Kirikou, propose une mise en travail en commun à partir des points qui font énigme pour nous parents. Elle ouvre le colloque en posant quelques prérequis : Être parent est un choix, ce qui nous renvoie à la question de la liberté. L’arrivée de l’enfant est un bonheur et une surprise, surprise qui fait entrer l’enfant dans notre réalité. Être parent c’est une histoire d’amour. Comme toute histoire d’amour, c’est compliqué et ça fait énigme.

Enfin, avançant les 3 impossibles formulés par Freud, elle nomme la difficulté d’être parent que nous fait rencontrer l’impossible à éduquer.

Face aux difficultés d’éducation des enfants, Yasmina Picquart insiste sur le fait qu’il n’y a pas une seule réponse, mais plusieurs possibles ; pour trouver celle la plus adéquate, chaque parent part de sa vérité.

La parole circule dans la salle ; sont saisis quelques points importants pour penser la parentalité et permettre de réduire la pression qui s’y loge.

A pu se dire la profonde solitude du parent. Une mère témoigne de sa difficulté : « être parent,c’est être seul, et c’est très dur », notamment dans la prise de décision pour son enfant et particulièrement à l’adolescence. Cette solitude parentaleest l’éternelle question à laquelle le parent est renvoyé : « qu’est-ce que j’ai mal fait ? ».

S’entend la question de la « perfection » ;vouloir être parfait au nom de l’amour qu’on porte à son enfant.Yasmina Picquart resitue qu’il est important de considérer que nos enfants se construisent à partir de nos imperfections ; c’est à partir de là qu’ils peuvent «ex-sister ».

Sous l’idée de perfection se glisse l’impératif illusoire de ne pas refuser les demandes concrètes des enfants. L’enfant veut tout, (en particulier des objets de consommation valorisés par la publicité) requêtes répétées, que les parents ont du mal à refuser, les entendant comme des demandes d’amour.  L’exigence financière vient parfois poser une certaine limite à ces demandes d’objets consommables.

Il est dit que la demande d’amour est toujours insatisfaite, une fois de plus c’est sur cette insatisfaction que l’enfant va pouvoir se construire.

On entend également «l’idée des sacrifices » des parents qui s’énonce dans un « je travaille pour eux » répété. C’est l’occasion de dire que quand on est père ou mère, on est aussi homme et femme, et qu’il est important de le rester comme de maintenir des liens sociaux, pour ne pas, justement, faire porter le poids du sacrifice sur les enfants.

Une adolescente prend la parole et pointe l’aberration du sacrifice parental qu’ils font peser parfois sur les enfants : « les parents gagnent de l’argent pour nous faire aller dans une école et, en retour, nous demandent de travailler correctement en classe poureux, plutôt que de mettre l’accent sur le désir d’apprendre ».

Une mère témoigne de sa difficulté à reprendre le travail après 9 ans de congé parental, sa culpabilité de laisser sa petite dernière, etc. Mais que depuis qu’elle a recommencé à travailler, la vie a repris pour elle.

Yasmina Picquart précise d’ailleurs que des parents qui se sacrifient, ça ne fait pas rêver les enfants !

Enfin et de façon évidente, les messages moralisateurs et les discours normatifs assénés par notre société sont d’une grande violence. C’est du reproche permanent et les parents sont sous les feux des projecteurs, ils se sentent traqués de toutes parts, l’école, les services sociaux, la publicité qui met de l’avant un parent moins averti que son enfant… La peur du regard de l’autre sur notre manque est grande.

Pour conclure, Yasmina Picquart rappelle alors qu’être parent c’est accepter de ne pas pouvoir tout donner, de ne pas être parfait. C’est accepter une limite face à l’illusion de toute puissance. Et il n’y a pas de recette miracle, le parent a toujours à se débrouiller comme il peut, il fait du mieux qu’il peut.

Ce colloque troue un certain idéal, celui d’être tout pour l’enfant, de tout lui donner… Par un discours qui interroge, voire prend le contre-pied de ce dans quoi les parents sont pris au piège, Yasmina Picquart laisse entrevoir aux participants à ce colloque un espace possible de respiration dans la relation parent-enfant, où chacun des protagonistes est confronté à des demandes auxquelles on ne peut répondre.